Mennel Ibtissem : un talent dévoilé par l’émission The Voice mais pas que …

Ce visage a fait couler beaucoup d’encre ces dernières années. On parlait d’elle, d’un côté pour son talent et de l’autre pour ce qu’elle portait et ce qu’elle avait dit ou pas dit. 

Aujourd’hui, à l’occasion de la sortie de son premier album « ma voie« , nous lui avons donné la parole. 

Bonne lecture! 

 

 

Toukan & Palmyre : Bonjour ! Peux-tu te présenter ?

Mennel Ibtissem : Oui, je m’appelle Mennel, j’ai 24 ans et je suis un mix de tout (Rires).

T&P : C’est-à-dire ?

Mennel : J’ai beaucoup de centres d’intérêt et le premier c’est l’amour de la musique.

T&P : Comment étais-tu enfant ?

Mennel : J’étais une fille très sociable, hyperactive, sensible et j’avais une curiosité positive. Je voulais tout savoir et tout comprendre.

T&P : Tu avais la bougeotte on va dire ? (Rires).

Mennel : Exactement !

Je devais apprendre pour me sentir vivante. Et tout ce qui se rapportait aux émotions me touchait. J’aimais la compagnie des animaux, la nature et la musique.

T&P : À quel moment la musique est-elle intervenue dans ta vie ?

Mennel : Très tôt. À 6 ans on m’a offert un petit piano. Je me suis familiarisée avec les sons, et j’aimais les chansons des dessins animés. Je m’amusais à les apprendre puis à les chanter.

T&P : Pourtant ton enfance a été un peu délicate ?

Mennel : Oui, assez difficile. Je restais tout le temps dans mon coin, j’étais différente et on me faisait ressentir que c’était le cas. On me portait peu d’attention. J’ai fait le constat qu’enfant, on ne t’encourage pas à être ce que tu veux être. En tant que musulmane, on me disait que chanter, jouer du piano etc. c’est haram (illicite en islam) alors que toi tu en as envie et que tu sens que tu es là pour ça.

T&P : Finalement la musique c’était plus un destin qu’un choix ?

Mennel : Exactement. La musique a toujours fait partie de moi, comme si c’était un organe vital. Jamais je n’ai dissocié la musique de la personne que j’étais.

T&P : Comment as-tu su que tu avais un talent ?

Mennel : Au collège. J’avais à peu près 11 ans quand mes sœurs ont remarqué que je « chantais bien » comme elles disaient. Elles écoutaient la radio et je restais toujours près d’elles pour pouvoir en profiter aussi. Dès qu’une musique que j’aimais passait à la radio, je me mettais à la fredonner.

Elles me disaient « tu chantes bien Mennel. » Mais pour autant, je ne me disais pas que j’avais un talent. C’est par la suite, lorsque j’ai commencé à avoir de bonnes notes en cours de musique, que j’ai commencé à m’écouter et à envisager la possibilité qu’effectivement j’avais un talent.

Puis l’idée de m’inscrire à des télé crochets comme la Nouvelle star etc. m’est venue, mais je n’ai pas osé me lancer.

T&P : Pourquoi ?

Mennel : Personne ne t’encourage. On te dit que tu chantes bien mais on te fait comprendre que ton talent n’est pas si exceptionnel que ça pour oser t’inscrire à ce genre d’émissions.

T&P : Tu penses que c’était une forme de jalousie ?

Mennel : Pas forcément. Je pense que tout le monde a des croyances limitantes et que ça faisait partie des leurs. Les gens ne feraient pas ce que toi tu oses faire. Donc ils essaient consciemment ou non de t’en empêcher.

T&P : Ça a marché ?

Mennel : Honnêtement oui (rires).

Au lycée. J’ai mis de côté la possibilité de faire une carrière dans ce milieu. Pour autant, je continuais de me nourrir de la musique. Je chantais de plus en plus, mais j’ai préféré m’orienter vers des études d’anglais.

T&P : Pourquoi l’anglais et pas les maths ou autre chose ?

Mennel : Tout simplement parce que j’avais eu une bonne note au Bac (rires). Donc ça me semblait être un chemin sécurisant et fiable.

Puis l’anglais est la langue la plus parlée au monde et comme je suis tournée vers mon prochain, que j’ai une soif de découverte, c’était l’outil qui allait me permettre de réaliser mes rêves et me permettre d’être proche du monde, avec ses différentes cultures et religions.

T&P : Mais la musique est revenue!

Mennel : Oui (sourire).

J’étais en dernière année de Master anglais. J’enseignais déjà depuis deux ans et j’ai été contactée par le casting de The Voice. Ils avaient vu mes premières vidéos sur Youtube et ça leur avait plu. Et là j’ai eu comme une révélation. La journaliste du casting me pose une question simple mais qui a eu un fort impact : « Tu chantes très bien. Pourquoi ne pas en faire ton métier ? »

Après cette phrase, j’ai tout quitté et j’ai foncé !

Je n’avais plus un sou en poche mais pourtant j’étais heureuse. Je venais de faire le choix de vivre ma vie et de ne plus écouter les autres.

Je peux t’assurer que là, mes parents n’ont rien compris et ça a été ma première polémique (rires).

T&P : On t’a tous connu dans The Voice mais pour beaucoup, tu étais déjà une star sur les réseaux sociaux, puis tu as disparu. Tu nous en dit plus ?

Mennel : Oui ! Alors effectivement, j’ai ouvert une chaîne Youtube en 2014. Je ne prenais aucun cours mais je m’amusais à poster des nouvelles vidéos. Je n’étais vraiment pas à l’aise avec ça. A chaque fois que j’en postais une, j’étais dans un état de stress incroyable. Pourtant, les gens ont apprécié. J’avais en quelques mois 30 000 abonnés. C’était énorme pour moi. Puis lorsque je suis partie en Suède avec une amie dans le cadre de projets pro et perso, j’ai pris la décision d’arrêter ma chaîne.

T&P : Pour quelle raison ?

Mennel : A cette époque, j’avais un manque de confiance en moi, j’étais fébrile et influençable je dirai. Mon amie de l’époque me conseillait d’arrêter la musique car c’était, selon elle, pas en adéquation avec ma religion. Religion qu’elle partageait aussi d’ailleurs. Je l’ai écoutée …

Et puis rapidement cette décision m’a bouffé. J’avais fait le mauvais choix…

Un an après, je refais ma chaîne et je recommence tout depuis le début. Et c’est là que The Voice me contacte pour me proposer de participer au concours. Pour moi c’était le destin qui venait me chercher.

J’allais enfin devenir la personne que j’avais toujours voulu être.

T&P : On connait bien assez la polémique The Voice pour revenir dessus, mais une question me taraude : avec le contexte actuel et passé de la France, tu ne pensais pas que tu allais être accueillie différemment ? Penses-tu que tu aurais dû voir cette polémique arriver ?

Mennel : Honnêtement, j’avais tellement confiance en moi par rapport à mon identité et à ma voix que j’étais à l’aise. Le voile fait partie de moi, je l’ai porté à 18 ans. Pour moi une fille qui chante c’était bien accueilli donc une fille qui chante avec un turban, je ne m’étais pas dit que ça allait poser problème.

C’était un détail. Naïvement, j’ai cru que c’était le chant le plus important.

De plus, je n’ai jamais connu de discrimination par rapport à ça donc pour moi passer avec à la télé n’allait rien changer. Et pourtant, ça a été l’arme qui a été utilisée contre moi…

 

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T&P : Ta réaction du lendemain ça a été quoi ?

Mennel : La première réaction, c’était de l’incompréhension totale. Je me suis dit que ça ne devait être qu’une poignée de gens qui avaient un problème avec ça. Et après, j’ai constaté que c’était dix fois plus fort que ce que je pensais. J’essayais de me justifier au début. Je me débattais avec des idées préconçues, des opinions fausses. Puis, j’ai lâché prise. J’ai été déçue et dégoûtée de voir la bassesse d’esprit des gens.

T&P : Finalement, tu as été rejetée et par tes proches et par une partie du peuple français ?

Mennel : C’est ça ! Pour moi, je ne pouvais pas être rejetée par le pays dans lequel j’avais grandi, dans lequel j’avais fait mes études etc. Et c’est là que le sentiment d’être différente est de nouveau réapparu.

T&P : Pourtant tu es encore debout et tu sors ton premier album. Qu’est-ce qui t’a fait tenir ?

Mennel : Je savais ce que je valais et je le sais toujours. Je savais ce qu’eux ne savaient pas. Je connaissais les vraies réactions des coachs, et je savais que j’étais allée très loin dans l’émission. Avec mon turban, j’avais battu beaucoup de candidats. Et je me suis donné comme challenge de changer les mentalités, de rassurer les gens en m’associant à des personnes inspirantes. La difficulté fait partie du chemin, pas de réussite sans la difficulté. C’est ça le secret.

T&P : Tu es partie vivre aux États-Unis un moment. Besoin ou envie de partir ?

Mennel : J’avais sincèrement besoin de me déconnecter, de me séparer de ma routine et de voir autre chose. J’étouffais psychologiquement et physiquement. Ailleurs, j’ai découvert qu’il fallait relativiser. Il n’y avait pas toutes ces polémiques sur le turban etc. Donc je me suis dit que mon épisode malheureux ne définissait pas la suite de ma série.

T&P : Tu as sortie des singles qui ont cartonnés et là, ton premier album : « Ma voie ». Est-ce un album thérapeutique ?

Mennel : Clairement thérapeutique !

J’ai mis du temps à me reconstruire. Je l’ai fait seule au début et après, je me suis entourée de nouveaux proches qui me soutiennent et m’encouragent. J’ai enfin trouvé ma voie et le travail a été dur pour en arriver là. Je pense ne pas avoir terminé mais j’avance doucement. Je commence par poser une pierre à l’édifice et on verra la suite. Heureuse comme un peu moins, c’est le début d’une affirmation.

T&P : Quel a été ton axe artistique pour cet album ?

Mennel : Autobiographique et représentatif des différentes étapes de ma vie.

« Belle » reprend l’histoire de ma vie.

« Prends ton envol », c’est un message à mes parents.

« Pardonne-moi » s’adresse à ma sœur.

« Je pars mais je t’aime » c’est la libération et la souffrance que j’ai pu ressentir avec l’émission The Voice. Finalement, ça a été l’élément déclencheur de ma révélation artistique.

« Ça va » regroupe toutes les souffrances que j’ai pu ressentir au cours de ma vie.

T&P : Avec ce qui s’est passé, tu avais peur de te lancer dans ce milieu ? Peur que ça recommence ?

Mennel : Non, pas du tout. Je suis immunisée désormais ! (Rires).

La tristesse que j’ai pu ressentir après tout ça, a touché toutes les cellules de mon corps. Rien ne peut faire pire effet aujourd’hui. Tout ce qui se passera entrera d’un côté et sortira de l’autre. Je veux être moi-même et je le serai. J’aspire à être quelqu’un d’inspirant et à être un modèle de délivrance.

T&P : Un message à faire passer ?

Mennel : Avec plaisir ! Alors, je vais la faire en mode histoire.

C’était en 2015, à Paris. Je prenais l’avion et je me suis rendu compte de quelque chose. Il faisait très gris ce jour-là. On avait décollé et quelques minutes après, on s’était retrouvés en plein dans les nuages. On n’y voyait rien. Il faisait sombre, il pleuvait. Et puis en montant, petit à petit, les nuages sont partis pour laisser place à un ciel bleu et éclairé. Il faisait tellement beau.

Finalement quelle était la réalité dans cette histoire ? Il faisait mauvais sur Paris ou beau ?

J’ai eu ma réponse : quand on regarde de haut, il fera toujours beau. Et quand on regarde de près, il fera toujours mauvais.

T&P : Merci Mennel !

Mennel : Merci à toi  !

 

Toukan & Palmyre

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